22 juillet 2026

Apprendre à décrire une urgence : les bons mots pour aider les secours

Pourquoi la description de la situation est déterminante

Quand on compose le 15, le 18 ou le 112, tout va très vite. Pourtant, les premières secondes du dialogue avec les secours sont décisives. Il suffit d’une information, bien donnée, pour accélérer l’intervention. À l’inverse, une description floue ou incomplète peut retarder l’arrivée ou l’efficacité des secours.

En tant qu’infirmière aux urgences, je le constate chaque semaine : la façon dont une situation est expliquée au téléphone change tout. L’alerte claire, c’est le premier vrai secours, souvent plus décisif qu’on ne croit. On peut tous le faire, quel que soit son niveau de connaissances.

Ce que vivent les secours à l’autre bout du fil

Il y a les sirènes et les uniformes, mais avant tout ça, il y a une personne au téléphone. Elle doit comprendre très vite : Où aller ? Que va-t-elle trouver en arrivant ? Est-ce un malaise bénin, une chute grave, un arrêt cardiaque ?

Selon une étude du SAMU de Paris (source : SAMU de France), sur 6 appels d’urgence sur 10, la clarté de la description initiale influence directement le délai d’intervention ou les moyens envoyés.

Parfois, c’est un papa qui explique calmement que « son petit s’est juste cogné », alors que l’enfant convulse. D’autres fois, une voisine parle de « difficultés à respirer », alors que la victime fait un arrêt respiratoire.

Les 4 informations-clés à donner en priorité

Il n’y a pas besoin de connaître les termes médicaux. Ce qui compte, c’est de donner les 4 renseignements que les secours réclament systématiquement :

  1. Où ? (Localisation précise) Adresse complète : rue, numéro, étage, code, digicode, point de repère (bar, arrêt de bus, couleur du portail…). Astuce : Si on n’a pas l’adresse, donner ce qu’on voit autour de soi (nom d’un commerce, plaque de rue, station de métro…).
  2. Qui ? (Victime(s)) Combien de personnes ? Age (environ), femme/homme, enfant/adulte ? Connue ou inconnue ?
  3. Quoi ? (Ce qui se passe) Décrire l’état le plus marquant, sans minimiser ni dramatiser. Exemples : « il ne répond pas », « il ne respire plus », « elle se tient la poitrine et respire mal », « il y a beaucoup de sang qui coule »
  4. Comment ? (Circonstances) Que s’est-il passé juste avant ? Accident de la route, chute, geste brusque, prise de médicament, piqûre, etc. « Il a fait un malaise en courant », « Il s’est effondré au jardin », « Elle a avalé un objet ».

Ce sont ces éléments qui tracent la « fiche d’intervention » pour les équipes sur le terrain. Plus ils sont précis, mieux les secours peuvent se préparer.

Exemples concrets : comment formuler son message

Toujours privilégier des phrases courtes et factuelles. Dire ce qu’on voit, pas ce qu’on croit comprendre. Voici des exemples entendus (et efficaces) :

  • « Mon mari ne respire plus. 42 ans. Effondré dans la cuisine. 24, rue de la République. 2ème étage, porte rouge. »
  • « Enfant de 4 ans qui s’étouffe depuis une minute. Il ne parle plus. On est au parc près de l’école Jean-Jaurès, à côté du toboggan. »
  • « Une femme, environ 70 ans, chute sur la tête devant la boulangerie du centre. Beaucoup de sang au niveau du front. »

On évite les phrases qui laissent place à l’interprétation comme « ça ne va pas bien », « il me paraît bizarre », « c’est grave je crois ».

Tableau : Exemples de descriptions claires vs descriptions vagues

Description vague Description claire
« Il est tombé. » « Monsieur, 65 ans, est tombé dans les escaliers. Ne bouge plus. Saigne au bras. »
« Elle respire mal. » « Femme, 34 ans, allongée, respiration rapide, sifflements, ne parle pas. »
« Un enfant se plaint. » « Enfant, 7 ans, douleur importante à la jambe gauche après chute du vélo. Impossible de se relever. »

Anticiper les questions qu’on va vous poser

Le régulateur (c’est la personne formée au bout du fil) va poser beaucoup de questions. Ce n’est pas pour ralentir, mais pour cibler les secours au plus près. En fait, chaque question économise parfois de précieuses minutes sur place.

  • La personne est-elle consciente ? (Est-ce qu’elle répond quand on lui parle, ouvre les yeux ?)
  • Respire-t-elle ? De façon normale ou difficile ? (Mise de la main devant le visage : y a-t-il de l’air qui sort ?)
  • Y a-t-il des saignements importants ? (Le sang coule-t-il en flots, y a-t-il une mare de sang ?)
  • Est-ce que la situation change ? (Aggravation ? Amélioration ? Prise de médicament, changement d’état…)

Il ne faut pas hésiter à décrire ce qu’on observe : posture, couleur du visage (pâle, bleu, très rouge), mouvements inhabituels, etc.

Petit mémo : ce qu’on peut préparer à l’avance

  • L’adresse exacte où l’on se trouve (notée sur un papier près du téléphone fixe à la maison ou affichée sur la porte d’entrée pour les enfants).
  • Le numéro de la porte, l’étage, le code d’entrée s’il y en a un.
  • Localiser les proches (grand-parent, voisin… à prévenir si besoin laisser ouvrir la porte).

Pourquoi on ne coupe jamais la communication trop tôt ?

C’est un réflexe courant, surtout sous le coup du stress : raccrocher dès qu’on a annoncé « c’est ici, venez vite ! ». Pourtant, le régulateur peut guider en direct, donner des conseils précieux : comment placer la victime, si poser quelqu’un en PLS (Position Latérale de Sécurité), comment comprimer une plaie, etc.

Restez en ligne jusqu’à ce qu’on vous dise de raccrocher. Parfois, votre vigilance peut transformer l’issue de la situation. D’après Santé Publique France (source), moins de 50 % des appelants restent jusqu’au bout de l’appel lors d’un appel au 112.

Adapter son message selon la situation rencontrée

Les urgences ne se ressemblent jamais. Mais il existe quelques grandes familles de situations :

  • Arrêt cardiaque (la personne ne respire plus, s’effondre subitement) Alerte : « Homme, 55 ans, ne respire plus, allongé sur le sol, ne répond pas. Stade de sport, entrée principale. Je commence un massage cardiaque. » Un massage cardiaque commencé avant l’arrivée du SAMU multiplie par 3 les chances de survie (Source : Croix-Rouge). Même sans geste parfait, rester au téléphone : on vous guidera.
  • Traumatisme (chute, accident, choc violent) Préciser : hauteur de la chute, où la personne est tombée, ce qu’on constate immédiatement : « ne bouge plus », « crie de douleur », « saigne à la tête », toujours garder la personne immobile si on craint un traumatisme de la colonne.
  • Respiration difficile Alerte : « Femme enceinte, 30 ans, difficulté soudaine à respirer, respiration sifflante, ne tient pas debout. Cabinet médical, salle d’attente. »
  • Saignement abondant Dire d’où ça coule, à quelle vitesse : « Jeune homme, 18 ans, coupure profonde avant-bras, saignement abondant qui ne s’arrête pas, arrêt de bus Avenue Gambetta. »

La précision ne fait jamais perdre de temps, elle en fait gagner.

Des petites astuces qui font la différence

  • Parler fort, suffisamment distinctement. Épeler le nom de la rue si besoin.
  • Demander à quelqu’un d’autre d’aller en bas de l’immeuble pour guider les secours (surtout dans les immeubles à codes ou dans les grands événements : scolaire, sportifs...)
  • Si possible, signaler un handicap, une allergie connue, un antécédent médical important (exemples : diabète, anticoagulant…)
  • Choisir la bonne ligne : pour une urgence médicale, le 15 ou le 112. Pour un incendie ou accident de la route, c’est aussi le 18 (pompiers). Le 112 fonctionne dans toute l’Union Européenne.
  • Garder son calme autant que possible, respirer une fois lentement avant de parler.

Apprendre et transmettre autour de soi

La plupart des enfants, à partir de 5 ou 6 ans, peuvent apprendre leur adresse ou à appeler les secours. Ils n’auront pas les mots parfaits, mais savent parfois décrire « Papa ne bouge plus » ou « Maman tombe ». Il existe des ateliers « Gestes qui sauvent » qui proposent des mises en situation réelles pour petits et grands (consultez le site du ministère de l’Intérieur).

De nombreux accidents graves surviennent… à la maison, en famille ou entre amis. S’entraîner à décrire calmement une situation, c’est un réflexe à partager et à entraîner avant que cela ne devienne vital. Une minute gagnée sur le signalement, c’est souvent une minute gagnée sur le traitement de la victime.

Aller plus loin dans la culture du secours

Apprendre à donner l’alerte, c’est un début. On peut aussi s’entraîner à repérer les lieux où l’on se trouve (sorties, défibrillateurs, extincteurs…). À l’école, au travail, en famille, discuter : « Que ferait-on si… ? » C’est un jeu parfois, mais le jour où cela arrive, on ne se sent plus jamais seul.

Si vous avez lu jusqu’ici, vous portez déjà un geste de plus vers la sécurité des gens autour de vous. Pas besoin d’être secouriste professionnel : juste les bons mots, au bon moment. C’est un vrai pouvoir citoyen.

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