7 février 2026

En famille : transmettre les gestes de secours simplement (et durablement)

Pourquoi apprendre les gestes de secours en famille ?

Parce qu’on vit ensemble, on partage bien plus que des repas et des rires. On partage aussi des risques. Une chute dans les escaliers, une tranche de pomme de terre coincée dans la gorge, un coup de chaud après un match de foot : ce sont des petits accidents du quotidien. Rien d’exceptionnel, rien d’extraordinaire. Juste la vraie vie.

Tous les jours en France, plus de 11 000 accidents domestiques sont enregistrés (source : Santé Publique France). Parmi eux, de nombreux auraient pu être moins graves, ou même évités, si une réaction simple avait eu lieu dans la première minute. C’est ça, la puissance des gestes de secours : gagner du temps, calmer la situation, parfois sauver une vie.

Mais voilà : on n’apprend pas ça à l’école, ou très peu. Et transmettre ces réflexes, c’est rarement la priorité à la maison. Pourtant, une chose est certaine : on peut tous y arriver, à tout âge. Il n’y a pas de barrière, pas de diplôme à passer, pas de honte à poser des questions.

  • Un enfant (dès 4-5 ans) peut alerter correctement les secours.
  • Un adolescent peut reconnaître un étouffement ou une perte de connaissance.
  • Un adulte, même non formé, peut sauver la vie de son voisin ou de son parent.

Qu’est-ce qu’un “bon réflexe” de secours ?

On ne parle pas ici d’être un super-héros ou de savoir tout faire. Un bon réflexe, c’est agir au bon moment, sans se mettre en danger. C’est simple. Les trois bases ? Observer. Protéger. Alerter.

  • Observer : voir ce qui se passe, comprendre la situation.
  • Protéger : s’assurer que rien ne met en danger la victime… ou soi-même.
  • Alerter : prévenir les secours, donner les bonnes infos. Ensuite, faire le geste qui peut aider : mettre en position latérale de sécurité, compresser un saignement, rassurer en attendant les secours.

C’est tout. Pas de gestes compliqués. Pas de diagnostic. Juste des actions concrètes.

Première étape : dédramatiser et en parler

Des parents me disent parfois : “J’ai peur que mes enfants aient peur.” Pourtant, parler des accidents, ce n’est pas leur faire peur. C’est les rendre acteurs. Comme on apprend à traverser la rue sans courir. Comme on apprend à mettre sa ceinture en voiture.

Un exemple marquant : un samedi matin, lors d’une formation dans une école, un enfant m’a raconté, très simplement : “Mon petit frère s’est coincé une bille dans la bouche, Papa a tapé entre les omoplates et il a recraché.” Cet enfant ne parlait pas d’un drame, il parlait d’un geste, d’une réponse efficace, d’un réflexe transmis. Voilà l’idéal.

  • Faire des jeux de rôle : “Et si Mamie tombait, que ferais-tu ?”
  • Utiliser l’humour : imaginer des scénarios rigolos avant d’aborder ceux qui font peur.
  • Poser des questions ouvertes : “Comment tu appellerais le 15 ? Qu’est-ce que tu dirais au téléphone ?”

Apprendre en pratiquant : cinq situations courantes à travailler en famille

Pas besoin d’être formateur pour progresser. Le tout, c’est de refaire, de répéter, de jouer les scènes. Voici cinq situations qui arrivent souvent, à la maison, à la cantine, ou au parc.

  1. Un enfant s’étouffe (corps étranger dans la gorge)
    • Demander à la personne : “Tu arrives à tousser ?”
    • Si elle respire ou tousse, on l’encourage à continuer.
    • Si elle ne respire plus ou ne parle plus, donner 5 tapes vigoureuses dans le dos, entre les omoplates.
    • Appeler les secours (15 ou 112).

    Bon à savoir : Chez les enfants de moins de 5 ans, l’étouffement arrive souvent lors du goûter (source : Assurance Prévention).

  2. Une chute avec perte de connaissance
    • Ne pas déplacer la personne tant qu’on ne sait pas pourquoi elle est tombée.
    • Vérifier la respiration.
    • Si elle respire, la placer sur le côté, en position latérale de sécurité (on dit aussi “PLS”).
    • Appeler les secours.

    Petit conseil : Entraînez-vous, en famille, à faire la “rotation” pour la PLS, même sur une peluche !

  3. Une brûlure à la cuisine
    • Passer la zone brûlée sous l’eau du robinet, eau tempérée (15°C) pendant 10 à 15 minutes (source : Croix-Rouge).
    • Protéger avec un linge propre, sans frotter.
    • Ne pas percer les cloques, ne pas mettre de beurre ou d’huile.
    • Consulter un médecin dès que possible si la brûlure est étendue ou profonde.
  4. Saignement important
    • Mettre un tissu propre sur la plaie et appuyer fort avec la main.
    • Allonger la personne si elle se sent faible.
    • Si le sang traverse, ajouter un autre tissu sans retirer le premier.
    • Appeler les secours rapidement.
  5. Malaise soudain (fatigue, chaleur, diabète...)
    • Allonger ou asseoir la personne.
    • Demander : “Tu te sens comment ?”
    • Juger si la personne répond bien : si oui, surveiller ; si non, appeler le 15.
    • Essayer de trouver la cause (chaleur, faim, stress…).

    Petit truc : C’est souvent le fait de parler calme et simple qui rassure le plus.

Rendre l’apprentissage vivant : outils, jeux et astuces à adopter à la maison

Comment ne pas oublier ? Comment ne pas perdre ses moyens le jour où “ça arrive” ? En faisant de la prévention un moment du quotidien, ni moralisateur, ni exceptionnel.

  • Regarder une vidéo explicative ensemble (la Croix Rouge a une excellente série YouTube : lien).
  • Affiches de secours à coller près du téléphone ou sur la porte du frigo (numéros d’urgence, gestes simples en image).
  • Appli familiale sur smartphone : “Staying Alive” (pour repérer un défibrillateur), “Urgence 114” (en cas de difficulté d’expression).
  • Organiser une “journée des secours” en famille : s’amuser à simuler des accidents (plutôt ceux du quotidien !) et tester la réaction de chacun.

Un chiffre édifiant : en 2022, seulement 37% des Français adultes déclarent savoir quoi faire en cas de malaise grave (Baromètre Fondation de la Fondation pour la Recherche Médicale). Plus tôt on commence, plus c’est naturel, plus c’est partagé.

Adapter en fonction de l’âge (et des caractères)

Il n’y a pas deux familles identiques. Certains enfants sont très curieux, d’autres ont besoin de temps. Certains adultes n’aiment pas “les histoires de sang”, d’autres veulent savoir tous les détails.

Âge Exemple de réflexe à intégrer Astuce d’apprentissage
3-6 ans Appeler à l’aide, reconnaître les adultes de confiance, nom et adresse Chanter les numéros d’urgence, dessiner des “super-héros des secours”
7-12 ans Décrire une situation, soutenir un blessé, expliquer calmement Mimer des situations, s’entraider frère/sœur ou ami/ami
13 ans et + Gérer l’appel d’urgence, premiers gestes (compression, PLS, défibrillateur) Répéter l’appel fictif, consulter une appli ou un site officiel ensemble
Adultes Coordonner, rassurer, repérer les signes graves Faire une formation express (2h auprès d’une asso ou au travail)

Initiatives et formations accessibles à tous

Il existe aujourd’hui de nombreuses façons de se former, même rapidement. Parfois en cinq minutes, on comprend l’essentiel. Voici quelques exemples :

  • Les initiations “Gestes qui sauvent” : proposées par la Croix-Rouge, la Protection Civile, les pompiers locaux. Parfois gratuites ou à quelques euros.
  • Des ateliers dans les écoles : renseignez-vous auprès des enseignants, beaucoup invitent les familles à y participer.
  • Des guides papier simples : la Fédération Nationale des Sapeurs Pompiers de France édite un guide clair à imprimer.

Une maman m’a confié un jour : “Je croyais que c’était réservé aux professionnels, puis j’ai testé. En vrai, c’est facile, et on se sent vraiment utile.”

Les erreurs qu’on fait tous… et pourquoi il ne faut pas en avoir honte

Même les pompiers, même les médecins loupent parfois une étape. L’essentiel, c’est d’agir, puis de demander de l’aide. S’il y a un doute, on appelle. Les opérateurs du SAMU sont formés pour guider, rassurer, rester au bout du fil.

  • On oublie un détail ? On recommence.
  • On se trompe de numéro ? On recommence calmement.
  • On met trop la pression sur soi ? On prend une grande inspiration et on continue.

Le vrai réflexe le plus important, c’est d’oser agir, même maladroitement, plutôt que de rester spectateur.

Et ensuite ? Ancrer, valoriser, continuer ensemble

Chaque petit geste appris, chaque situation simulée, chaque affiche posée sur le frigo, c’est un pas vers plus de sécurité pour tous. Le meilleur apprentissage, c’est la répétition. Le bon réflexe devient naturel quand il s’inscrit dans la vie de famille, comme de dire “je t’aime” ou de mettre la table.

Félicitez-vous, valorisez vos proches chaque fois qu’un réflexe est intégré ou même simplement évoqué. Racontez ce que vous avez appris autour de vous, partagez-le à d’autres familles. C’est ainsi que, peu à peu, la culture du secours progresse, et que chacun devient protecteur, pour soi comme pour les autres.

Et si vous avez lu jusqu’ici, sachez ceci : il n’existe pas de “petit geste”, il n’existe que des gestes partagés. Le meilleur réflexe, c’est d’oser se préparer ensemble, dans la vie de tous les jours.

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