20 janvier 2026

Réagir vite et bien : Comment stopper un saignement important au quotidien ?

Un saignement important, ça ressemble à quoi ?

Au quotidien, la plupart des petits bobos s’arrêtent tout seuls. Mais il arrive, parfois, qu’une coupure en cuisine, une chute à vélo, ou un accident dans le jardin provoquent un saignement impressionnant. On parle de « saignement abondant » quand le sang coule en continu, quand le linge ou la compresse se sature rapidement, ou quand la personne pâlit, commence à se sentir faible ou très anxieuse.

Selon Santé Publique France, les saignements graves représentent chaque année près de 5 % des appels pour urgence vitale (source : Santé Publique France). Et, dans plus de la moitié des cas, ces urgences surviennent... à la maison, au travail ou sur la voie publique, pas dans des situations « exceptionnelles ». Ce n’est donc pas un sujet réservé aux professionnels.

Savoir quoi faire, c’est donner aux proches, aux enfants, aux voisins, une chance supplémentaire avant l’arrivée des secours.

Pourquoi il faut agir tout de suite

Un chiffre marquant : après trente secondes de saignement massif, le corps commence déjà à en subir les conséquences. Le sang transporte tout ce dont le corps a besoin pour vivre : l’oxygène, la chaleur, l’énergie. Quand il fuit rapidement, le risque principal, c’est le « choc hémorragique », une chute de pression qui, sans intervention, peut mener à l’inconscience puis à l’arrêt cardiaque (source : Croix-Rouge Française).

La bonne nouvelle ? Plus de la moitié des cas d’hémorragie mortelle pourraient être évités par un geste simple et rapide avant l’arrivée des secours (HAS).

Dans 8 cas sur 10, le premier geste, c’est la pression directe.

Les étapes clés pour stopper un saignement important

  1. Protection : toujours se protéger en premier
  • On évite le contact direct avec le sang si possible.
  • Si on a des gants à portée de main ou une barrière (sac plastique, tissu propre), on les utilise. C’est pour protéger la personne… et soi-même.
  • Repérer la zone : voir et comprendre où ça saigne
    • On localise la plaie.
    • On enlève juste ce qui cache la zone (veste, montre), rien de plus.
  • Appeler ou faire appeler les secours
    • On compose le 15 (SAMU), le 18 (pompiers), ou le 112 (numéro d’urgence européen).
    • On précise tout : "saignement important", localisation, état de la personne (consciente, pâle, essoufflée…)
  • Appuyer fort, tout de suite
    • On prend un linge propre, une serviette, ou même un vêtement épais.
    • On appuie directement sur la blessure.
    • Il faut que ce soit ferme. On ne relâche pas, même si ça fait mal ou si le sang imprègne le tissu.
  • Surélever si possible
    • Si la blessure est sur un bras ou une jambe, on les surélève un peu, sauf si ça cause une douleur ou une fracture visible.
  • Maintenir la pression sans lacher
    • On garde sa main en place jusqu’à l’arrivée des secours.
    • On ne retire jamais la compresse pour "voir si ça coule encore". On ajoute une épaisseur au-dessus si besoin.

    Ce qu’on ne fait surtout pas

    • Ne jamais essayer de « nettoyer » ou « explorer » la plaie : on appuie, c’est tout.
    • Ne pas utiliser de poudre, de farine, de vinaigre ou d’autres “astuces” du web.
    • Ne jamais poser de garrot sauf situation exceptionnelle et en dernier recours (voir plus bas).
    • Ne pas paniquer si le sang traverse le linge, c’est fréquent. On ajoute une couche, on maintient la pression.

    Et si la personne perd connaissance ?

    Si la personne ne répond plus, ne respire pas normalement, on passe en mode “protéger et alerter” jusqu’à l’arrivée des secours. On allonge la personne, on la met sur le côté si on doit aller chercher du secours. On surveille la respiration : s’il n’y a plus de mouvement, on appelle rapidement les secours et on se prépare à réaliser un massage cardiaque (voir mon article sur le massage cardiaque).

    Cas particulier : quand poser un garrot ?

    Le garrot c’est l’exception, pas la règle. On ne le pose que :

    • Si la pression directe est impossible (morceau coincé, impossibilité d’appuyer…)
    • Si le saignement est vraiment majeur (exemple : amputation accidentelle, hémorragie massive impossible à contrôler)
    • Si on sait vraiment le poser

    On utilise alors un torchon, une ceinture, ou un bandage large. Jamais de fil fin (risque de blessure grave). On serre fort au-dessus de la blessure, sur la partie du membre la plus proche du cœur, et on note l’heure si possible.

    Mais le garrot reste rare : dans plus de 90 % des cas, une pression continue reste efficace (Secourisme.net).

    Les gestes de soutien : garder la personne consciente et rassurée

    • On parle calmement à la personne. Le fait de respirer lentement aide aussi à limiter la perte de sang.
    • On surveille les signes de malaise : pâleur, froid, sueurs, sensations de vertige.
    • Si la personne est capable de s’allonger, on la met en position horizontale, jambes légèrement surélevées.
    • On la couvre pour éviter le froid, car il aggrave la perte de connaissance.

    Une astuce souvent oubliée : demander à une autre personne de continuer à appuyer si l’on doit téléphoner, ouvrir la porte ou signaler les secours.

    Les blessures du quotidien : cuisine, bricolage, sport… ce n’est jamais “juste un petit saignement”

    On pense à l’accident de bricolage – un coup de cutter au doigt, un épluche-légume qui glisse, un carreau cassé dans la cour d’école… Les blessures profondes sont rares, mais elles arrivent.

    Dans plus de 70 % des cas d’accidents domestiques en France, ce sont les adultes actifs ou les enfants qui sont touchés (source : INVS). Ce sont donc nos proches, nos amis, des enfants à l’école ou sur le terrain de foot.

    • En cuisine : un verre cassé, un couteau qui ripe, attention aux veines et artères au poignet.
    • Au jardin : taille-haie, outils électriques, piquets… blessures parfois profondes cachées sous la terre ou les vêtements.
    • Au sport ou à l’école : collision contre un banc, chute sur sol dur, arrêtes vives sur un terrain de jeux ou des buts métalliques.

    La règle est la même : on protège, on regarde, on appuie, on appelle.

    Micro-récits : “J’ai vu, j’ai agi…”

    • Un midi, en cantine scolaire : un animateur m’a raconté avoir vu un enfant se couper en ouvrant une boîte de conserve. Beaucoup de sang, de l’angoisse. Il s’est souvenu du geste : il a attrapé un torchon, il a appuyé, il a gardé l’enfant allongé et au chaud, il a parlé… En quelques minutes, un éducateur avait appelé le 15. L’enfant est resté conscient, et la suite s’est bien passée.
    • Un papa au jardin : accident de débroussailleuse. Le voisin a appuyé sur la blessure avec une grosse serviette. Il a gardé la pression en attendant les pompiers. Aucun geste “magique”, juste un réflexe simple appris à la formation de premiers secours de l’école.

    Quels signes demandent un avis médical systématique ?

    • La blessure est profonde, large ou laisse voir un tissu “blanc” ou “jaunâtre” (nerf, os, graisse).
    • Le saignement ne cesse pas au bout de 10 minutes de pression forte.
    • La personne pâlit, transpire beaucoup, se plaint de vertiges ou perd connaissance.
    • Il y a une suspicion de corps étranger, un morceau de verre, ou l’objet est resté planté (ne jamais l’enlever soi-même : cela pourrait aggraver le saignement).
    • La blessure est située à hauteur du cou, de l’abdomen, ou de la cuisse (beaucoup de vaisseaux importants y passent).

    Se préparer sans stresser : la trousse de secours idéale à la maison

    On ne prévoit jamais tout, mais avoir quelques basiques peut faire une vraie différence :

    • Gants jetables (à mettre partout : cuisine, salle de bain, voiture…)
    • Pansements compressifs ou larges compresses stériles
    • Bande élastique ou velcro, pour maintenir une pression
    • Lingettes désinfectantes
    • Un linge propre (serviette, torchon, T-shirt en coton)
    • Numéros d’urgence visibles (15, 18, 112)

    Et, surtout, en parler autour de soi. Plus il y a de gens qui savent quoi faire, plus on est en sécurité.

    Les questions qu’on me pose souvent

    • “Doit-on tout de suite prendre la voiture pour aller aux urgences ?” Non : on commence par appuyer et appeler. Les accidents sur la route peuvent compliquer la prise en charge. Les secours sont formés et équipés pour gérer l’urgence dans les meilleures conditions.
    • “Que faire si un objet traverse la plaie ?” On n’enlève rien : on appuie autour, on évite tout mouvement, et on attend les secours.
    • “Comment rassurer la personne qui saigne ?” Parler doucement, rester près d’elle, expliquer les gestes, tenir la main si elle le veut.
    • “Le sang peut-il transmettre des maladies ?” Oui, c’est rare mais c’est possible (hépatite, VIH…). D’où l’importance des gants, ou au minimum d’un tissu qui fait barrière.

    Rappel visuel : les étapes clés sur une fiche pratique

    Étape Action
    Se protéger Gants, linge propre ou barrière entre vos mains et le sang
    Localiser Dégager la zone pour voir d’où vient le sang
    Appeler Composé le 15, 18 ou 112
    Appuyer Pression ferme, continue, sans relâcher
    Surélever Bras/jambe : lever légèrement si pas de douleur ou fracture
    Être présent Parler, rassurer, surveiller la conscience

    Rester acteur, pas spectateur

    Apprendre à stopper un saignement, c’est moins compliqué qu’on croit. C’est même l’un des gestes de premiers secours les plus “efficaces” : rarement, on peut avoir une telle influence sur la survie d’un proche ou d’un passant. Toutes les minutes comptent, et chaque geste compte.

    Au quotidien, on peut faire la différence. On protège, on rassure, on appuie, on agit. Si vous êtes arrivé jusqu’ici, c’est déjà que vous faites partie de ceux qui se préparent à aider. Merci pour votre engagement, votre attention, et vos gestes de vie.

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