17 février 2026

Secourir sans fausse note : les pièges à éviter quand on veut aider

Pourquoi on se trompe parfois… même en voulant aider

Chaque fois qu’on veut bien faire, on se dit qu’on va « sauver », qu’on va « faire quelque chose ». L’intention est bonne ; on ne questionne jamais le courage ou la volonté d’aider. Mais, on ne nous dit pas toujours que, dans l’urgence, ce ne sont pas les bonnes intentions qui comptent, ce sont les bons gestes. Et parfois, en voulant aider, on se retrouve à aggraver la situation. Sans le vouloir. Pourquoi ?

  • Parce que le stress bloque nos réflexes.
  • Parce qu’on a vu faire « dans les films »… mais la vie ne suit pas le script.
  • Parce qu’on n’a pas appris ces gestes – ni à l’école, ni ailleurs.
  • Parce que la peur de mal faire pousse parfois… à mal faire.
Une enquête de la Croix-Rouge indique que moins d’1 Français sur 5 connaît bien les premiers secours (source). Savoir quoi NE PAS faire, c’est déjà un pas important pour mieux protéger ceux qui comptent sur nous.

Erreur n°1 : secouer, déplacer, tirer une victime sans motif valable

C’est l’erreur la plus répandue. On veut aider, on veut « réveiller », sortir la personne du danger. Mais il y a un principe de base : on ne déplace JAMAIS une victime, sauf en cas de danger immédiat (incendie, route sur laquelle circule le trafic, etc.).

  • En cas de chute, malaise, perte de connaissance : toucher ou secouer la personne peut aggraver des blessures, surtout au dos ou à la nuque.
  • Les seules exceptions :
    • La personne est dans un endroit dangereux (feu, fumée, risque d’explosion, circulation routière…)
    • On doit absolument la protéger d’un danger immédiat

Exemple concret : Au sport, un adolescent tombe lourdement sur la tête. Son coach, paniqué, veut le relever tout de suite pour « vérifier que tout va bien ». Mauvaise idée. Les secouristes, eux, immobilisent d’abord la tête et le dos. Le réflexe à retenir : On observe avant de toucher. On protège la zone. On parle à la victime, mais on évite de la déplacer si ce n’est pas urgent.

Erreur n°2 : donner à boire ou à manger à une personne qui ne va pas bien

C’est presque instinctif, surtout quand on voit quelqu’un pâle, étourdi, ou mal en point. Mais une personne qui vient de faire un malaise, qui saigne beaucoup ou qui n’est pas pleinement consciente – ne doit jamais boire ni manger.

  • Pourquoi ?
    • Risque de fausse route (la nourriture ou le liquide passent "de travers", vers les poumons).
    • Risques aggravés si la personne doit être opérée ensuite (à jeun = moins de complications anesthésiques).

Ce qu’on fait à la place : On installe la personne en position semi-assise si elle est consciente. On la surveille. On rassure. Et on ne donne ni eau, ni nourriture.

Erreur n°3 : utiliser de la chaleur ou du froid n’importe comment

Les brûlures, les coups, les chutes, ça arrive partout : à la maison, sur le terrain de foot, dans la rue. Face à la douleur, on a souvent envie de “faire quelque chose”. Mais attention au réflexe “paracetamol et bouillotte”, ou “glaçon direct sur la peau”.

  • En cas de brûlure : le seul geste valable : eau froide, RIB (Refroidir, Isoler, Bander). Refroidir 10 minutes sous l’eau du robinet. Pas de glaçons, pas de corps gras, jamais de dentifrice (oui, certains le font encore !).
  • En cas de bosse ou de coup : la glace, c’est uniquement dans un linge, jamais directement sur la peau (risque de brûlure par le froid).
  • En cas de fièvre ou de malaise : on ne couvre pas à l’excès, on ne déshabille pas brutalement non plus. Le confort prime.

À retenir : La simplicité du geste prévaut sur tout le reste.

Erreur n°4 : paniquer ou agir sans réfléchir

C’est humain. On veut aider, mais sous la pression, le cerveau joue parfois des tours. Alors, au lieu de s’arrêter une seconde, on agit trop vite.

  • Appelez d’abord les secours si la situation semble grave. Le réflexe d’alerter doit toujours primer. Pendant qu’on réfléchit à quoi faire, il faut que les secours soient en route.
  • Donner les informations utiles :
    • Où l’accident a-t-il eu lieu ?
    • Combien de victimes ?
    • Qu’ont-elles exactement ?
    • Qu’a-t-on déjà fait ?

Petit rappel : chaque année, une intervention de secours sur deux est ralentie par des informations incomplètes ou une mauvaise estimation de la gravité (rapport Direction Générale de la Santé 2022).

Erreur n°5 : méconnaître ses limites

On veut toujours intervenir, faire « ce qu’il faut », mais il n’y a pas de honte à ne pas tout savoir. Le pire serait de croire qu’on peut “guérir sur place” alors que l’essentiel, c’est d’accompagner, de rassurer, et de transmettre le relais.

  • Donner un médicament, c’est risqué si on ne connaît pas l’allergie ou la dose (surtout chez l’enfant : plus de 5 000 intoxications accidentelles par médicaments chaque année en France*).
  • Faire un geste technique compliqué vu sur internet ou TikTok (comme “remettre une épaule en place” sans formation) peut entraîner des complications.
  • Ignorer ses propres émotions – être envahi(e) par la panique et ne pas demander de l’aide à un témoin ou à un voisin peut retarder l’arrivée des vrais secours.

À savoir : la loi française protège le secouriste non-professionnel de bonne foi, tant qu’il agit dans ses compétences (code pénal art. 223-6, « non-assistance à personne en danger »).

Erreur n°6 : ne pas se protéger soi-même en premier lieu

C’est LA règle d’or, répétée à chaque formation premier secours : ne pas devenir la deuxième victime.

  • Avant d’approcher, regarder autour : risque électrique, circulation, chute d’objets.
  • Seul un environnement sûr permet d’intervenir (un automobiliste qui coupe la voiture accidentée sans gilet, sur l’autoroute, met sa vie en jeu).
  • Chez l’enfant : attention aux petites voitures restées au sol lors d’une chute, ou à la plancha brûlante restée allumée sur la terrasse.

Le bon réflexe : Protéger la scène d’abord, puis intervenir.

Erreur n°7 : multiplier les “remèdes de grand-mère”

Certains remèdes transmis de génération en génération peuvent avoir leur place (un doudou pour l’apaisement, par exemple), mais beaucoup de recettes non validées sont contre-productives, voire dangereuses.

  • Huiles, vinaigre, beurre, sur les brûlures : aggravent les lésions.
  • Sucer une pièce en cas d’étouffement : risque majeur d’aggraver l’obstruction.
  • Craindre d’aller à l’hôpital “pour rien” : mieux vaut consulter pour rien que trop tard. Une chute "banale" chez la personne âgée peut entraîner une complication dans 30 % des cas (Santé Publique France).

À retenir : Si on se pose la question, mieux vaut demander ou appeler un professionnel (15 ou 112).

Erreur n°8 : minimiser ou dramatiser

Tout incident, tout accident, ce n’est ni rien... ni “fini d’avance”. Il ne s’agit pas d’angoisser, mais d’évaluer au mieux la situation. Exemplo : un sportif qui retombe en se plaignant du poignet, mais qui continue le match. Dix minutes plus tard, sa main est enflée : fracture passée inaperçue. Ou inversement : une simple plaie qui saigne modérément, mais qui fait paniquer tout le monde alors qu’une compression suffit. Le réflexe : poser des questions claires, observer. Et, si doute, on appelle le 15 (Samu) pour avis.

Tableau récapitulatif : Erreurs fréquentes et alternatives utiles

Erreur fréquente Ce qui risque d’arriver Geste conseillé
Déplacer une victime sans nécessité Aggravation d’une blessure cachée Observer, protéger, appeler, puis agir seulement si besoin
Donner à boire ou à manger Fausse route, complications anesthésiques Installer confortablement et surveiller
Glace directement sur la peau Brûlure par le froid Toujours emballer la glace dans un linge
Oublier d’appeler les secours Perte de temps vital Appeler dès le moindre doute
Médicament sans prescription Allergie, intoxication, surdosage Jamais sans avis médical
Remède “de grand-mère” non validé Aggravation des blessures Garder les gestes simples et validés
Se précipiter dans la zone “dangereuse” Devenir soi-même victime Sécuriser la zone avant d’intervenir

Un pas de plus vers plus de sécurité autour de soi

Ce n’est pas l’envie d’aider qui manque : c’est parfois simplement le mode d’emploi. Les erreurs, on les repère surtout quand on sait comment réagir autrement. Se former, se relire, réfléchir avant d’agir, ce sont des réflexes qui se travaillent. Les gestes de secours sont faits pour tout le monde, pas seulement pour les « pros ». Les comprendre – et comprendre aussi ce qu’il vaut mieux éviter – c’est déjà choisir la vie. Si vous avez envie d’aller plus loin : de nombreux organismes près de chez vous proposent des sessions de formation grand public (Croix-Rouge, Protection Civile, Pompiers). On peut tous apprendre à être au bon endroit, au bon moment, avec les bons gestes. Et si aujourd’hui vous lisez cet article, sachez que ce premier pas compte déjà beaucoup.

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