28/11/2025

Premiers gestes : comment se protéger du danger électrique avant d’aider une victime ?

Pourquoi penser à l’électricité avant tout ?

On pense souvent aux coupures, aux saignements, aux étouffements… Mais l’électricité ? On y pense moins – jusqu’au jour où ça arrive. Chaque année, selon Santé Publique France, plus de 3 000 personnes sont victimes d’un accident électrique grave à la maison ou au travail. Et dans plus de 60% des cas, les blessures se produisent simplement parce que le courant n’a pas été coupé avant d’intervenir (source : INRS).

J’ai encore en tête cette histoire : un voisin vient aider un ami qui vient de tomber inconscient dans son jardin. Il se précipite – réflexe humain – mais le sol était mouillé, il y avait un câble à nu. Résultat : deux victimes au lieu d’une, dont un grave brûlé.

Avant de porter secours, on protège. Et l’électricité, c’est l’un des rares dangers totalement invisibles mais terriblement efficace. On ne la voit pas, elle ne fait pas de bruit… mais elle passe vite dans notre corps si on l’approche sans précaution.

Repérer : Comment identifier rapidement un risque électrique ?

  • Lieu de l’accident : Près d’une prise, d’un appareil électrique, dans la salle de bain, un garage, un atelier… Cela doit tout de suite nous mettre la puce à l’oreille.
  • Signes visibles : Un câble qui traîne, une rallonge endommagée, une multiprise surchargée, une flaque d’eau sous le pied d’un appareil électrique.
  • Sensations physiques : Fourmillements, engourdissements au toucher d’un objet proche de la victime, odeur de plastique brûlé.
  • Situation typique : Un enfant ou un adulte à terre, sans raison apparente, près d’un appareil électrique. On suspecte tout de suite l’électrisation.

Dès que quelque chose cloche, on garde une distance de sécurité.

Se protéger : les bons réflexes pour ne pas devenir soi-même victime

On se protège… avant d’aider. Cette phrase, on l’apprend à l’école… et pourtant, quand on est face à une urgence, elle devient floue. Voilà comment faire simplement.

  1. Ne jamais toucher la victime à mains nues. Tant que le courant n’est pas coupé, on risque de s’électriser aussi. Le contact direct main-victime est l’un des premiers pièges à éviter.
  2. Couper le courant, toujours. Ça doit devenir un réflexe. On court au tableau électrique (le “disjoncteur principal”), on abaisse l’interrupteur général. C’est le seul geste sûr à 100%.
  3. Si pas possible d’accéder au disjoncteur, on essaye d’éloigner la victime… mais jamais avec les mains nues. Un objet sec, non conducteur (balai en bois sec, bâton, vêtement sec, corde NON humide…). On ne tire pas la victime par le pied ou la main.
  4. Se tenir sur une surface sèche et isolante : tapis en caoutchouc, livres, planche en bois. On évite à tout prix l’eau ! Sols humides = danger multiplié.

Petit tableau pour s’y retrouver :

Situation Risque électrique ? Geste prioritaire
Victime au sol dans la salle de bain Très probable (eau + appareils) Couper le courant au disjoncteur principal
Victime dans un atelier avec outils allumés Oui (machines, fils exposés) Débrancher tous les appareils puis couper le courant
Victime inconsciente en extérieur après une tempête Ligne électrique tombée possible Distance d’au moins 4 m, appeler les secours sans s’approcher

Savoir quoi faire selon la situation : maison, jardin, voie publique

1. À la maison : réflexes de base

  • Salle de bain : Jamais d’appareil branché près d’un point d’eau. Si accident, couper le courant avant tout.
  • Cuisine : Vérifier que le sol n’est pas mouillé, repérer les multiprises surchargées, débrancher par la fiche, pas par le fil.
  • Chambre/Salon : Attention aux radiateurs électriques, parfois ils masquent des câbles dénudés.

Il arrive qu’on trouve un adulte (ou un enfant) “figé” avec la main sur une prise ou un appareil. Le courant bloque parfois les muscles : on n’arrive pas à lâcher l’objet (phénomène d’électrisation). Surtout et encore : Ne pas toucher, couper d’abord le courant.

2. Dans le jardin ou le garage

  • Câbles rallongés dans l’herbe mouillée = MAXI PRUDENCE.
  • Outils électriques dehors après la pluie, on débranche systématiquement avant d’approcher.
  • En cas de câble apparent ou de boîtier ouvert, on éloigne tout le monde, on ne touche rien et on coupe au disjoncteur général.

Un chiffre frappant : 1 électrocution sur 7 a lieu dans le jardin, souvent à cause d’une tondeuse ou d’un barbecue électrique (source : MAAF Assurances/Baromètre Sécurité Électrique, 2023).

3. Sur la voie publique : lignes à haute tension, incidents de rue

  • Un poteau électrique à terre, un fil sur la chaussée : immobilité totale ! Courant résiduel possible. On ne s’approche pas à moins de 4 à 10 mètres, selon la taille du câble (consigne Enedis).
  • On prévient les secours : le 112 (numéro d’urgence européen) ou le 18 (pompiers). On donne l’adresse, la situation, on reste en sécurité.
  • Si un véhicule touche un câble tombé :
    • Les personnes à l’intérieur doivent rester dans le véhicule tant que les secours n’ont pas sécurisé la zone.
    • On ne sort pas du véhicule sauf si feu : dans ce cas, on saute sans toucher la carrosserie et le sol en même temps, puis on s’éloigne en sautillant sans lever les pieds l’un après l’autre (pour ne pas créer de différence de potentiel au sol).

C’est rare, mais ça arrive : en 2022, huit accidents graves signalés en France sur la voie publique impliquaient une ligne à haute tension endommagée après tempête (source : RTE).

Après la coupure du courant : l’essentiel à retenir pour secourir

  1. On vérifie : Plus de courant = plus de danger immédiat. On s’approche sans risquer sa vie.
  2. On place la victime en sécurité : loin de l’élément électrique, dans une zone sèche et calme.
  3. On vérifie la conscience et la respiration :
    • Si la personne répond, se plaint… on rassure, on surveille.
    • Si inconsciente mais respire, on la tourne sur le côté (“position latérale de sécurité”).
    • Si ne respire plus, on appelle le 15 ou 112 et on commence le massage cardiaque.
  4. On n’oublie pas les brûlures : une électrisation peut provoquer des brûlures très profondes (il peut y avoir peu à la surface, mais grave en-dessous). Dans tous les cas, un avis médical est nécessaire.

À ce stade, on agit comme pour toute urgence. Mais avant tout : la protection, c’est la base. Celle qui évite une catastrophe de plus.

L’électricité dans la vie de tous les jours : prévention, bons réflexes, chiffres clés

  • En France, environ 200 morts par an sont dus à l’électrocution, la moitié à la maison (source : L’Observatoire National de la Sécurité Électrique, 2022).
  • Les enfants et les seniors sont les plus à risque, souvent par curiosité ou par oubli (une rallonge sous un tapis, un jouet électrique oublié dans le bain…).
  • Un disjoncteur différentiel (prise “30 mA”) réduit de 90% le risque de choc grave, mais il n’est pas présent dans toutes les habitations : c’est un investissement utile.
  • La plupart des accidents électriques ont lieu entre 17h et 20h, quand on cuisine, qu’on bricole, qu’on rentre à la maison… Autrement dit, quand on fait plusieurs choses à la fois et que la vigilance baisse.

Conseil simple : on fait le tour de la maison, on repère les prises abîmées, les rallonges tordues, on éduque les enfants et toute la famille aux bons gestes. Ça ne prend que dix minutes, et ça compte vraiment.

Faire face sans paniquer : le vrai geste qui protège

Au fond, réagir face à un accident électrique, c’est comme face à tout risque : observer, protéger, alerter, et seulement ensuite, agir. Ce n’est pas “hésiter”, c’est assurer. Parce que s’il y a deux victimes, il y a deux dangers… et deux familles touchées.

Quand on apprend à couper le courant avant d’intervenir, on se donne quelques secondes pour sauver sans s’exposer. C’est ce réflexe, et pas seulement le “courage”, qui fait la différence.

Si vous avez pris le temps de lire, c’est que vous faites déjà partie de ceux qui veulent agir. La prochaine fois qu’un doute s’installe, on pense à protéger avant de secourir. Et on ose demander de l’aide, alerter – parce qu’on n’est jamais seul à vouloir aider.

Vous avez franchi une étape essentielle : vous voilà déjà plus préparé, plus conscient. Et ça, pour la sécurité de tous, c’est énorme.

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