19 février 2026

Premiers gestes : éviter le sur-accident avant de secourir

Pourquoi parler du sur-accident : comprendre le vrai risque invisible

On pense souvent, quand on imagine une urgence, au premier accident : un enfant qui chute, une voiture qui percute un vélo, un malaise soudain à la sortie du collège. On oublie que, très régulièrement, l’aide – celle qu’on veut apporter, celle qu’on appellerait tous sans réfléchir – peut, elle aussi, mettre en danger. Les chiffres sont là : selon les enquêtes de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, environ 10 % des blessés sur la route le sont lors d’un “sur-accident” (source : Sécurité routière). C’est-à-dire, quand d’autres accidents surviennent alors que les secours – professionnels ou simples passants – sont déjà présents.

La route, c’est le cas le plus connu. Mais le sur-accident concerne aussi la maison, l’école, le sport… On improvise, on se précipite sans réfléchir, on oublie de protéger la scène, et la première bonne intention tourne à la deuxième urgence.

Qu’est-ce qu’un sur-accident ? Les situations les plus courantes

  • Sur la route : on descend sans gilet, on traverse une voie rapide, on reste au milieu de la chaussée.
  • À la maison : on touche un blessé sans couper l’électricité, on avance dans une pièce enfumée.
  • À l’école ou au sport : on se précipite sur un enfant en train de tomber… et on provoque une bousculade.
  • Lors d’un incendie : on retourne chercher un objet ou une personne, sans évaluer les risques.

Le point commun à toutes ces situations : notre réflexe naturel d’aider, qui peut vite devenir dangereux si le lieu, l’environnement ou la scène n’ont pas été protégés.

La règle d’or : protéger avant d’agir

C’est la première étape de toute intervention. Protéger, avant de porter secours ou même d’appeler à l’aide.

Beaucoup de formations de premiers secours, comme le PSC1 (Croix-Rouge Française), commencent par cette base : Protéger – Alerter – Secourir. L’ordre n’est pas anodin. Si on ne protège pas la scène, on peut aggraver la situation, pour soi comme pour les autres.

Sur la route : les bons réflexes pour éviter le sur-accident

L’exemple du gilet jaune et du triangle

  • S’arrêter où ? Hors de la chaussée, sur la bande d’arrêt d’urgence ou le plus loin possible de la circulation.
  • Avant de sortir : réfléchir. Regarder dans le rétro, enfiler le gilet haute visibilité AVANT d’ouvrir la portière.
  • Signaliser : poser, si possible et sans risque, le triangle de présignalisation à 30 mètres en amont (ou 100 m sur autoroute).
  • Éloigner les personnes en sécurité : derrière la barrière de sécurité ou loin du flot de voitures. Si on n’a pas de barrière : très loin du bord, sur le talus si besoin.
  • Jamais sur la route : On n’intervient pas, même pour un blessé, tant qu’on n’est pas protégé.

Dans 80 % des cas de sur-accident sur autoroute, les piétons étaient les victimes (source : Assurance Prévention, 2023). Pour une intervention d’urgence sur la route, la vraie urgence, c’est de se faire voir et d’éviter d’être au milieu du trafic.

Micro-histoire : un geste qui compte

Un soir, une maman descend précipitamment de sa voiture pour aider son enfant, tombé en croisant la route en vélo. Un camion arrive, la visibilité est faible. Un passant arrête la maman : “Reculez ! Votre fils vous voit. Mettez ce gilet, attendez, le danger est là.” Ce passant a probablement sauvé deux vies, pas une.

À la maison : dangers moins visibles, risques tout aussi réels

  • Feu ou fuite de gaz : Ne jamais s’élancer dans la pièce tant que tout risque n’est pas écarté. Si l’électricité ou le gaz sont en cause, on coupe (au disjoncteur ou à la vanne), on aère si le feu ne l’interdit pas.
  • Blessure avec outils : On porte des gants, on débranche les machines avant d’intervenir.
  • Produits chimiques : On ne manipule pas à mains nues. On s’assure qu’on ne s’expose pas à d’autres projections.

Les accidents domestiques font chaque année près de 20 000 morts en France, et des milliers de blessés (source : Santé Publique France). Parmi ces blessés, beaucoup d’aidants ou de proches venus aider… qui n’ont pas évalué le péril ambiant.

Témoignage du quotidien

Je me souviens d’un papa très calme, qui a coupé le courant général quand sa fille, brûlée par un câble dénudé, criait dans la cuisine. Trois autres enfants allaient la rejoindre, paniqués. Son sang-froid a évité le pire. Son secret ? Quelques heures de formations, un jour de collège, et la phrase : “On se protège avant de soigner.”

Dans les lieux publics : réagir sans créer de panique

Dans une cour de récréation, au supermarché, dans un gymnase… Les regroupements, la précipitation, peuvent mener à un “effet domino”.

  • Autorité et clarté : Désignez quelqu’un ou prenez la parole : “Vous, appelez les secours. Vous, reculez les enfants.” On évite ainsi l’agglutinement.
  • Desserrez le cercle : Plus l’espace autour de la victime est large, moins il y a de risques de piétinement, de nouveaux accidents.
  • Prévenir l’accident secondaire : Slipper sur un sol mouillé, trébucher sur un ballon… Regarder autour, faire enlever ou écarter tout ce qui peut causer une autre blessure.

Les situations de bousculade (dans les écoles, lors d’événements ou même à la sortie du métro) causent chaque année des dizaines d’accidents, parfois plus graves que le problème initial.

Dans les transports publics :

  • On ne tente jamais de sortir quelqu’un sur les rails, sauf danger immédiat et absence totale de courant.
  • On signale l’incident à un agent, on arrête le courant, on fait patienter les usagers loin du danger.

Un réflexe à retenir : On fait “la sécurité de la scène”, même avant la victime.

Petit tableau mémo : Protéger, c’est quoi concrètement ?

Situation Risque de sur-accident Geste de protection
Accident sur route Heurt par un véhicule Port du gilet, poser un triangle, sortir du véhicule, se mettre derrière la barrière de sécurité
Saignement en cuisine Coupure électrique, infection, projection Débrancher machines/outils, mettre des gants
Incendie domestique Inhalation de fumée, explosion, chute Couper l’électricité/gaz, ne pas rentrer si trop de fumée
Malaise sur voie publique Bousculade, chute, nouveau malaise Éloigner la foule, signaler le danger

Pourquoi on agit souvent “trop vite” ? Les pièges des bons réflexes

  • L’instinct de l’aidant : On pense sauver, pas se sauver.
  • La pression du regard des autres : Le groupe attend qu’on fasse quelque chose. On se précipite.
  • Le bruit, le stress, la peur : On veut rassurer, agir “vite”.

L’idéal : prendre deux secondes, respirer. Évaluer la scène. Ce n’est pas perdre du temps, au contraire. Les secours trouvent souvent sur les lieux plus de blessés que prévu, parce que les premiers aidants n’étaient pas protégés.

Les questions à se poser avant toute intervention

  1. Le danger est-il encore présent ? (Circulation, fumée, électricité…)
  2. Me vois-t-on ? (Gilet, signalisation, lumières…)
  3. Puis-je intervenir sans aggraver la situation ? (Nombre de personnes, sol glissant, objets dangereux…)
  4. Suis-je en bonne position pour alerter rapidement ?

Des formations de premiers secours existent, accessibles dès l’adolescence et même en école primaire sous forme d’initiations. On peut s’entraîner à ces réflexes en famille, au travail, avec les enfants ou les collègues.

Savoir mobiliser : le rôle de témoin, tout aussi important

On croit, parfois, qu’être inutile c’est rester en retrait. Mais alerter, prévenir d’un danger, encadrer la zone, c’est agir.

Rappeler aux personnes autour le risque, expliquer calmement la marche à suivre (“Éloignez-vous de la barrière”, “Ne touchez à rien”, “Attendez que j’aie coupé le courant”) est un vrai geste de secours.

On peut tous aider même sans être “au premier rang”. C’est un rôle précieux, et trop souvent négligé.

Aller plus loin : sensibiliser et former autour de soi

  • Formation PSC1 (Prévention et secours civiques niveau 1) : une journée suffit, à partir de 10 ans, pour apprendre à protéger, alerter et secourir.
  • Journées d’initiation dans les écoles, entreprises, associations : demander ou proposer des ateliers pratiques.
  • Affiches, rappels visuels : un simple mémo au bureau, sur le frigo, dans la voiture…

C’est en multipliant les ambassadeurs du “geste juste”, qu’on protège vraiment.

Réflexe à garder : on ne sauve pas seul !

Derrière chaque geste qui sauve, il y a presque toujours une vigilance collective. On peut tous aider, et on peut tous prévenir le sur-accident par une seule question : “Suis-je en sécurité ?”

Si vous êtes arrivé(e) jusqu’ici, félicitations. Ce sont ces réflexes, ces questions, ces petits mots qui font la vraie différence. En les partageant, vous faites déjà grandir la sécurité autour de vous.

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