26 janvier 2026

Comment réagir efficacement après une chute ou un choc à la tête ?

Un accident banal, des conséquences parfois imprévisibles

On imagine souvent la “grosse chute”. Celle à vélo sur gravier, l’escalier en colimaçon raté, ou le choc au foot sous la pluie. Mais en réalité, le traumatisme crânien peut survenir dans les situations les plus anodines : une maladresse sur la bordure de la douche, un coup au parc, le coin d’une armoire dans la chambre. Je le vois chaque semaine aux urgences. Personne n’est à l’abri, personne n’est “à risque” plus qu’un autre.

La plupart du temps, la victime se relève. Parfois, elle rigole même. Mais derrière les cheveux, sous le cuir chevelu, le cerveau n’aime pas du tout être secoué. Ce n’est pas pour faire peur. C’est simplement pour rappeler que tout l’enjeu, c’est d’identifier : est-ce que ça va, ou est-ce qu’il faut agir vite ?

Ce qui fait la différence, ce sont les minutes qui suivent la chute. Les gestes que l’on pose. Les signes que l’on repère. C’est justement pour ça que je vous propose aujourd’hui un guide sans fausse complication : que faire quand un proche (enfant, adulte, personne âgée…) vient de tomber ou de recevoir un choc à la tête ?

Chute ou coup à la tête : l’essentiel à surveiller

Après un traumatisme crânien, 90% des cas seront bénins (source : Société française de médecine d’urgence). Mais le reste justifie une vigilance particulière. Ce n’est pas le “drame”, mais c’est le moment de bien observer.

  • Perte de connaissance (même très brève)
  • Somnolence inhabituelle : la victime s’endort alors qu’on essaie de la stimuler.
  • Confusion : propos incohérents, orientation perdue, même juste quelques minutes.
  • Maux de tête violents ou persistants
  • Vomissements répétés (plus d’une fois, après le choc)
  • Apparition d’un “coup de blues” très marqué, de l’irritabilité, ou au contraire un état amorphe
  • Pupilles de taille différente ou vision floue
  • Convulsions
  • Saignement clair/nasal ou dans une oreille
  • Faiblesse ou engourdissement dans un membre (impossibilité de bouger une jambe, un bras…)

Même un seul de ces signaux doit amener à consulter un médecin sans tarder ou appeler le 15 (Samu).

En pratique : les 5 étapes à suivre immédiatement

Dans le doute, il vaut toujours mieux surprotéger. Voici la conduite à tenir, pour toutes les situations : enfant, adulte, senior.

  1. Protéger la personne et l’environnement Retirez tout ce qui pourrait blesser autour (verre, coins, risque de nouvelle chute). Pas de mouvement brusque. Pas de redressement trop rapide, surtout chez les personnes âgées.
  2. Observer et dialoguer Parlez calmement. “Tu sais où tu es ? Tu te souviens de ce qui s’est passé ? Tu as mal quelque part ?” Cela vous donne déjà une idée du niveau de conscience. Notez l’heure de l’accident (utile pour le médecin).
  3. Chercher les signes d’alerte Voir la liste plus haut. Attention particulière aux nausées, vomissements, propos bizarres, problèmes de vision.
  4. Rester près de la personne Même si “ça va”, rester à ses côtés pendant deux heures minimum (adulte), douze heures pour un enfant.
  5. Appeler les secours si doute Il n’y a pas de question idiote. En cas de doute, le 15 (Samu) ou le 112 (numéro européen). Mieux vaut un appel inutile qu’un regret plus tard.

Cas particuliers : enfants, personnes âgées, sportifs

Les enfants : fragiles, réactifs, imprévisibles

Les plus petits se relèvent souvent vite. Ils pleurent, mais veulent déjà repartir jouer. Pourtant, chez eux, les symptômes peuvent “démarrer” plusieurs heures après (souvent la nuit). C’est là qu’un adulte attentif fait la différence. Sur 20 000 hospitalisations d’enfants suite à un traumatisme crânien chaque année en France, une surveillance simple a évité de graves complications dans la majorité des cas (source : Inserm).

  • Surveillez l’état de conscience au moins 12 heures.
  • Pas de reprise du vélo, trampoline, trottinette ou sport de contact dans les 7 jours qui suivent, même si “ça va très bien”.
  • Si l’enfant vomit une fois puis revient à la normale, observez-le. S’il vomit de nouveau, direction médecin ou urgences.
  • Attention à la phase “de sommeil” post-chute. On ne réveille pas systématiquement l’enfant la nuit, sauf si consigne médicale, mais on regarde s’il respire normalement, s’il n’est pas anormalement difficile à éveiller au matin.

Les personnes âgées : un risque accru de complications silencieuses

Après 65 ans, le cerveau est plus vulnérable au moindre choc. Un simple “petit coup” peut entraîner un saignement dans la boîte crânienne, sans signe immédiat. Les anticoagulants (traitement contre les caillots) majorent encore ce risque. Un saignement interne peut apparaître plusieurs heures, voire jours après la chute (source : Haute autorité de santé).

  • Toujours signaler chaque chute à un professionnel de santé, même si “tout semblait aller”.
  • Surveillance accrue si traitement anticoagulant (type AVK, antivitamine K, ou anticoagulant oral direct).
  • Même en l'absence de bosse ou de blessure extérieure, rester vigilant plusieurs jours.

Sportifs : les commotions cérébrales ne font pas mal sur le moment

Au foot, au rugby, au skate… Un choc, une assiette tombée, un adversaire qui percute. Beaucoup veulent repartir rapidement sans prise au sérieux. Mais la commotion cérébrale, ce n’est pas “rien”. D’après l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), près de 20% des sportifs ayant subi une commotion retourneraient trop tôt à l’activité.

  • Arrêt immédiat du sport, consultation médicale obligatoire.
  • Pas de reprise avant avis médical spécialisé, même si la personne dit aller bien.
  • La plupart du temps, quelques jours de repos suffisent à prévenir les complications visibles des semaines après (“syndrome post-commotionnel”).

Ce qu’il ne faut surtout pas faire

En situation de stress, on a parfois de mauvais réflexes — et ce n’est pas une critique, c’est humain. Voilà ce qu’on évite :

  • Donner à boire ou à manger tout de suite (surtout si la personne semble confuse ou somnolente)
  • S’acharner à “réveiller” quelqu’un qui dort paisiblement, sauf consigne médicale
  • Appliquer de la glace directement contre la peau (toujours la mettre dans un linge pour éviter la brûlure du froid)
  • Secouer la victime ou la relever trop vite
  • Ignorer un changement de comportement, même léger

Foire aux questions (FAQ) : les questions que l’on me pose souvent

Situation Réflexe conseillé
Chute sur le dos, pas de bosse à la tête Surveillance simple. Observer pendant 2h (adulte), 12h (enfant). Pas d’alerte = reprise de la vie normale.
Saignement du cuir chevelu Appuyer avec une compresse propre, consulter si saignement abondant ou plaie profonde.
Vomissements uniques après la chute Si la personne va bien, observer. Si nouveaux vomissements, consulter en urgence.
Bosse impressionnante mais personne alerte Glace dans un linge, calme, surveillance. Appeler en cas de somnolence, confusion, vomissement, convulsions.
Victime sous anticoagulants Consulter dans tous les cas, même si la chute semble “minime”.

Pourquoi apprendre ces gestes change tout

Un jour, une prof de danse m’a raconté : “Je croyais que seules les chutes spectaculaires étaient dangereuses. Mais ma fille est tombée à la maison, sans rien heurter violemment. Deux heures après, elle s’endormait debout. On a filé à l’hôpital… hématome au cerveau, opéré à temps.” Ce n’est pas une histoire rare.

On ne nous apprend pas toujours les signes d’alerte. On pense être “trop prudent”, ou “trop inquiet”. Mais à chaque traumatisme crânien, mieux vaut un appel de trop qu’un silence de trop. Sur 130 000 traumatismes crâniens recensés chaque année en France (source : SFMU), la reconnaissance précoce des symptômes a réduit la durée des séjours hospitaliers, et parfois sauvé la vie.

Le réflexe que l’on retient, le geste que l’on pose, ce sont des minutes gagnées, de la sérénité retrouvée, et souvent moins de complications.

Ressources & liens utiles pour aller plus loin

Si vous avez lu cet article, vous avez déjà retenu les gestes qui sauvent ou qui rassurent. On ne naît pas “secouriste”, mais on peut tous apprendre à agir pour ceux qu’on aime.

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