4 décembre 2025

Sécuriser son intervention : agir en pleine nature sans prendre de risques

Pourquoi la nature demande une vigilance différente

Soyons honnêtes, on n’imagine jamais qu’un pique-nique, une balade en forêt ou une sortie sportive entre amis puisse tourner à l’incident. Pourtant, chaque été, les secours dénombrent des centaines d’interventions : blessure à la cheville, coupure profonde, malaise au grand air, rencontre avec des animaux, chute de vélo… D’après les sapeurs-pompiers, 21 % des accidents en France surviennent en plein air (source : Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers de France). La nature ne pardonne pas toujours, surtout si on agit sous le coup du stress.

Pourquoi ? Parce qu’en pleine nature, il y a souvent :

  • Un accès compliqué aux secours – l’ambulance ne passera pas forcément entre les arbres ou jusqu'à la falaise.
  • Moins de moyens – pas d’électricité, pas de matériel de professionnel sous la main.
  • Plus d'éléments imprévus – météo, terrain instable, animaux, etc.
On comprend alors l'importance d'être préparé, autant pour soi que pour les autres.

Principe de base : protéger avant d’agir

On rêve tous d’être la personne qui sauve… Mais le premier réflexe, même en ville, c’est la protection. En pleine nature, c’est obligatoire. Protéger l’autre, c’est d’abord se protéger soi. Sinon, on risque d’avoir deux victimes – ou plus.

On applique toujours cette règle universelle :

  • On regarde.
  • On protège.
  • On appelle.
  • On agit.
Si on oublie la première étape, l’aide peut tourner court.

Protéger, concrètement, c’est quoi ?

  • Évaluer les dangers autour (eaux vives, rochers instables, branches, animaux, foudre...)
  • Se donner le temps de regarder, même si la situation paraît urgente (une minute pour rester lucide vaut mieux que de foncer tête baissée).
  • Former un « groupe témoin » : demander à d’autres personnes de surveiller les alentours.
  • Refuser de se mettre en danger : si accéder à la victime implique de traverser une rivière en crue, de s’approcher d'un ravin ou d’une falaise glissante, on reste à distance et on appelle de l’aide.

Quels dangers typiques en extérieur ? Les pièges à connaître

Je l’ai trop souvent vu : on croit bien faire, et le danger vient… d’ailleurs. Certains risques sont spécifiques à la nature :

  • Météo subite : Orage, montée des eaux, vent fort. Saviez-vous que chaque année, la foudre fait entre 100 et 200 blessés en France (Insee) ?
  • Terrain instable : Pierre qui roule, talus glissant, branches dissimulées sous les feuilles. Une entorse ou une glissade et c’est deux personnes à secourir, pas une.
  • Animaux : Abeilles, serpents, chiens errants ou animaux domestiques apeurés. Chaque été, plus de 2000 personnes sont victimes de morsures de serpents en Europe (source : Centre Antipoison).
  • Isolement : Loin des routes, pas de réseau mobile partout, pas d’adresse précise à donner aux secours. Le gain de temps à bien donner sa localisation peut tout changer.

Une vraie astuce : avant chaque sortie, s’assurer de connaître la zone, d’avoir un plan, une batterie de téléphone chargée et, si possible, une appli de géolocalisation (What3Words par exemple).

Comment évaluer la situation sans risquer sa peau ?

La priorité, toujours : ne pas devenir une seconde victime. Alors, on observe.

  1. Je m’arrête à distance. J’analyse : où est la victime ? Que s’est-il passé ? Quels dangers immédiats autour (falaise, rivière, bêtes, végétation toxique, électricité, etc.) ?
  2. Je demande à la victime si elle m’entend. Si la personne répond et qu’elle peut bouger, je l’encourage à se mettre à l’abri par elle-même si possible.
  3. Je ne me précipite jamais sur la victime si le sol est instable, trempé, ou si je n’ai aucune visibilité sur ce qui entoure : on contourne, on garde ses distances.

Check-list des questions à se poser avant d’avancer

  • Y a-t-il un risque d’effondrement, de chute d’objets, d’éboulement ?
  • Est-ce que je peux rejoindre la victime en sécurité — pour moi, pour les autres ?
  • Ai-je un moyen de prévenir les secours si besoin ou d’appeler au loin ?
  • Qui autour de moi peut aller chercher de l’aide sans se mettre en danger non plus ?

Si une seule réponse est « non », on reste sur place, on surveille, on rassure à distance et on attend les secours qualifiés.

Agir : les gestes prioritaires en pleine nature

Quand la situation l’autorise, qu’on a éliminé les dangers « majeurs », on peut intervenir. Mais quels gestes sont vraiment utiles ?

  • Appeler à l’aide en priorité. Si on a du réseau, on compose le 112 (numéro européen d’urgence), ça marche partout même sans crédit, parfois même sans code PIN. On donne sa localisation précise. Les applications GPS ou des repères naturels peuvent guider les secours.
  • Évaluer l’état de la victime. Respire-t-elle ? Est-elle consciente ? Saignement important ? Douleurs ? Essayer de communiquer en restant calme.
  • Mettre la personne au repos. On évite de déplacer une personne accidentée si on soupçonne un traumatisme (choc à la tête, dos, nuque, suspicion de fracture). On couvre la victime, on la rassure et on surveille sa conscience.
  • Arrêter un saignement important (hémorragie). Privilégier la compression directe sur la plaie à main nue ou à l’aide d’un vêtement propre.
  • Allonger la personne en détresse s’il fait froid (risque d’hypothermie). On isole du sol avec tout ce qu’on trouve (veste, sac, bâche).

Tableau des gestes à adapter selon le type d’incident

Situtation Gestes prioritaires Ce qu’il faut éviter
Personne inconsciente Vérifier s’il respire. Appeler le 112. Placer sur le côté si respiration normale. Surveillance continue. Ne pas déplacer si suspicion de traumatismes sauf danger majeur (feu, éboulement, etc.).
Fracture ou grosse douleur après chute Immobiliser la zone. Rassurer. Couvrir. Ne pas essayer de « remettre en place ». Ne pas déplacer inutilement.
Morsure ou piqûre d’animal Laver à l’eau. Retirer bagues/bracelets en cas de gonflement. Appeler si la réaction s’aggrave. Ne pas inciser, ne pas sucer la plaie, ne pas poser de garrot sauf sur conseil médical.
Saignement important Compression forte, directe. Appeler les secours. Ne jamais mettre de terre sur la plaie. Ne jamais desserrer la pression.

Les erreurs à éviter : « On croit bien faire… »

  • Aller seul au contact dans une zone à risque. Se mettre à plusieurs pour observer autour, pas pour « accourir à plusieurs sur la victime ».
  • Déplacer la victime trop vite. Sauf danger immédiat (incendie, crue), on ne déplace jamais une personne inconsciente ou polytraumatisée.
  • Sous-estimer ses propres limites : Fatigue, désorientation, peur. Savoir renoncer reste un acte de secours.
  • Laisser la victime sans surveillance. Même à distance, rester visible et garder le contact verbal ou visuel.
  • Oublier d’expliquer ce qu’on fait. Pour rassurer, tenir la personne informée. Ça réduit le stress et parfois, la douleur.

Préparer sa sortie : la sécurité se décide avant de partir

Un geste simple peut sauver une vie… mais la préparation évite bien des situations. Avant une sortie nature :

  • Informer une personne de confiance de son parcours.
  • Emporter une petite trousse de secours (Croix-Rouge Française – les indispensables : gants, compresses, bande, désinfectant, couverture de survie).
  • Télécharger une appli d’alerte ou de localisation.
  • Prévoir suffisamment d’eau, de quoi se protéger du froid ou du soleil.
  • Vérifier la météo et ne pas hésiter à reporter si les conditions se détériorent.

Une enquêtrice des secours en montagne m’a partagé un chiffre marquant : 40 % des interventions pendant les randonnées concernent des personnes parties avec… rien ou presque (Le Figaro). Quelques minutes pour vérifier peut faire toute la différence.

Quand on ne sait pas : le pouvoir de demander de l’aide

Lorsqu’on ne sait pas quoi faire, mieux vaut appeler à l’aide que d’improviser n’importe quoi. Les secours sont formés pour donner des instructions par téléphone. Alors, ne pas hésiter à demander : « Que dois-je faire en attendant ? Dois-je déplacer la personne ? Dois-je comprimer la blessure ? »

Prendre la bonne décision n’est pas inné. On n’a pas toujours les bons automatismes – on apprend chaque jour. Parfois c’est l’appel qui sauve, pas uniquement le geste physique.

À retenir : apprendre, c’est protéger (et oser dire non)

En pleine nature, on ne joue pas au héros solitaire. On regarde, on protège, on prévient, on agit si le contexte le permet. Savoir dire « Non, je n’y vais pas, c’est trop risqué » pour soi, pour les autres, c’est agir en vrai citoyen.

Chaque lecture, chaque geste préparé, chaque question qu’on se pose permet à tout le monde d’être plus en sécurité, dehors comme dedans. Si vous lisez ceci, vous avez déjà franchi un pas essentiel vers plus d’autonomie en situation délicate.

N’oubliez jamais : la meilleure façon de sauver, c’est d’être assez sûr pour ne pas se mettre en danger soi-même. Et de transmettre ce réflexe autour de vous. C’est toute l’idée des gestes de vie.

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