23 février 2026

Agir sans paniquer : comment protéger et aider une personne inconsciente mais qui respire ?

Pourquoi cet article ? Une question cruciale, pas si rare

On pense souvent que l’urgence, c’est forcément dramatique, bagarre, grand accident ou série télé. Mais dans la vraie vie, l’une des situations les plus fréquentes que l’on peut rencontrer, c’est celle-ci : on trouve quelqu’un qui ne répond plus, allongé par terre, les yeux fermés… mais qui respire encore. Ça arrive après un malaise, une chute, dans la rue, à la maison ou au boulot. Et là, on se demande tous : “Que dois-je faire ? Est-ce que j’appelle tout de suite les secours ? Est-ce que je dois le mettre sur le côté ? Est-ce que je touche, je bouge, j’attends ?”

Ce genre de scène m’arrive régulièrement aux urgences, ou même en dehors du travail. On ne nous l’enseigne pas assez, et pourtant, quelques gestes simples, à la portée de chacun, font toute la différence.

Repérer la situation : comment savoir qu’une personne est inconsciente mais respire ?

Avant d’agir, il faut être certain de la situation. Toute la chaine de secours commence là : on observe, on s’assure que c’est bien ce qu’on croit voir.

  • La personne ne répond pas : elle ne réagit pas quand on lui parle (“Est-ce que vous m’entendez ? Ouvrez les yeux !”) ni quand on la stimule doucement (on tape sur l’épaule, on pince légèrement).
  • Mais elle respire : on écoute, on approche l’oreille de son visage, on regarde si le torse se soulève, on sent de l’air, on constate qu’il y a un rythme (inégal ou lent parfois, mais présent).

Bon à savoir : Dans plus de 80% des cas d’arrêts cardiaques, la personne ne respire pas normalement ou ne respire plus du tout [(source : Fédération Française de Cardiologie)](https://www.fedecardio.org/). Donc, si quelqu’un respire, il est encore temps d’agir calmement.

Étape 1 : Sécuriser, d’abord pour soi, ensuite pour la personne

Premier réflexe : se protéger, protéger la scène. C’est aussi simple que ça. On ne s’approche que si c’est sans danger (circulation, feu, câbles électriques…). 

Dans la vraie vie, la sécurité, c’est souvent :

  • Éloigner des objets qui coupent ou blessent autour du corps (couteaux de cuisine, outils, jouets d’enfants…)
  • Si la personne est dans la rue, signaler avec un vêtement/la présence d’autres personnes autour
  • Si possible, bouger doucement la personne pour la mettre dans un endroit sûr (mais sans jamais la forcer surtout en cas de suspicion de chute sévère)

Étape 2 : Vérifier la conscience et la respiration

Ici, chaque petite action compte.

  1. Vérifier la conscience : Parlez fort, utilisez le prénom si vous le connaissez. Tapotez l’épaule, frottez doucement le thorax. Aucune réaction ? On considère la personne comme inconsciente.
  2. Vérifier la respiration :
    • Mettez une main sur le front et deux doigts sous le menton pour basculer la tête doucement en arrière (cela libère la gorge, surtout si la personne est “molle”).
    • Approchez votre oreille de la bouche et du nez du patient, en regardant le torse. Pendant 10 secondes :
      • Écoutez : est-ce que vous entendez un souffle ?
      • Sentez : y a-t-il de l’air contre votre joue ?
      • Regardez : le torse, le ventre montent-ils ?

Si vous n’êtes pas sûr, mieux vaut considérer qu’il ne respire pas normalement.

Étape 3 : Alerter les secours - comment et quand ?

Dès que la personne est inconsciente mais respire, on fait le 15 : c’est la règle en France (SAMU). 

  • Restez avec la personne, mettez en haut-parleur si vous pouvez.
  • Les réponses précises attendues :
    • Lieu précis (adresse, étage, code d'immeuble...)
    • Situation : “personne inconsciente, ne répond pas, mais respire”
    • Signes particuliers (s’il y a du sang, des convulsions, une respiration bizarre, etc.)

En 2022, les SAMU reçoivent près de 31 millions d’appels par an en France (source : SAMU-Urgences de France). Ce n’est jamais une perte de temps d’appeler, même si l’on craint de “déranger”. Mieux vaut prévenir, c’est leur mission.

Pourquoi ne pas laisser la personne simplement allongée sur le dos ?

C'est LA question qui revient le plus souvent dans les premiers cours de secourisme. Quand la personne respire, pourquoi la changer de position ?

La réponse est très concrète : lorsqu’on est inconscient, le corps “relâche” tout, y compris les muscles qui tiennent la langue. Et la langue, sans tonus, peut tomber en arrière et boucher la gorge doucement. Il suffit parfois de quelques minutes pour que la personne, qui respirait encore… n’y arrive plus. Les risques d’étouffement sont encore plus grands si la personne vomit, bave ou saigne dans la bouche (c’est très fréquent après une crise d’épilepsie ou un gros malaise).

C’est pour ça que depuis 50 ans, on apprend ce geste simple : mettre la personne en Position Latérale de Sécurité, ou PLS. C’est LA position qui protège jusqu’à l’arrivée des secours.

La Position Latérale de Sécurité (PLS), expliquée simplement

Rassurez-vous. Pas besoin d’être un pro du sport ou d’avoir fait médecine. Une PLS mal faite vaut toujours mieux qu’aucune PLS ! Elle sauve des vies, et c’est facile à retenir.

Voici comment faire (le plus simple, valable pour enfants, adultes, personnes âgées) :

  1. Accroupissez-vous à côté de la personne, allongée sur le dos.
  2. Allongez le bras du côté où vous êtes, droit à 90° par rapport au corps, paume vers le haut.
  3. Ramenez l’autre bras, pliez-le et posez la main sur la joue opposée (côté de vous).
  4. Agenouillez-vous et pliez la jambe opposée au côté où vous êtes, pied à plat sur le sol.
  5. Tirez doucement le genou plié vers vous pour faire “rouler” la personne sur le côté, en gardant la main sous la joue.
  6. Penchez légèrement la tête vers l’arrière (cela dégage la gorge).
  7. Bougez un peu la jambe du dessus pour stabiliser la position.
  • Dès que la personne est en PLS, surveillez-la sans la quitter des yeux, et vérifiez toujours qu’elle continue de respirer (bruits normaux, torse qui monte et descend, pas d’arrêt brutal).

Bon à savoir : le plus risqué, ce n’est pas de “mal faire” la PLS, mais de ne rien faire du tout ! La PLS limite le risque d’étouffement de plus de 70% (source : Protection Civile). Les pompiers, les soignants, tout le monde la fait, même entre eux, dès qu’il y a une perte de conscience mais avec respiration.

Que faire en attendant les secours ? Les bons réflexes

  • Surveillez la respiration : approchez régulièrement votre main/la joue pour sentir le souffle. Surtout, restez prêt à réagir si la respiration s’arrête : dans ce cas, il faut allonger la personne sur le dos et commencer un massage cardiaque. On ne le fait que si la personne arrête de respirer.
  • Couvrez la personne : un simple manteau, une couverture, même un pull. L’inconscience, ça refroidit vite le corps (risque de choc).
  • Laissez libres les voies respiratoires : pas de cols serrés, desserrez cravate/écharpe. Enlevez tout ce qui gêne autour du cou.
  • Parlez-lui : ne pas crier, parler calmement. On ne sait jamais, parfois la personne entend.
  • Expliquez la situation aux autres : demandez de l’aide pour guider les secours, rassurer la famille si besoin.

La semaine dernière, une passante m’a raconté avoir trouvé un homme à la sortie du métro, inconscient, allongé. Elle a tout de suite mis son téléphone sur haut-parleur, fait la PLS avec l’aide d’un étudiant, couvert le monsieur avec une veste. Ce sont ces petits gestes qui ont permis de sécuriser la situation jusqu’à l’arrivée du SAMU, qui est venu en 8 minutes.

Faut-il vérifier le pouls ? Et si on a peur de faire mal ?

Non, ce n’est plus la priorité depuis les recommandations internationales (source : European Resuscitation Council). Seul le rythme de la respiration compte : on ne perd pas de temps à chercher un pouls (qui peut être très difficile à détecter). Et quant à la peur de “faire mal” : la PLS ne fait pas de mal (on roule le corps d’un bloc, sans tordre).

Sauf cas particulier (possible trauma du dos ou de la colonne – par exemple, accident de la route grave), il faut toujours privilégier la PLS plutôt que de laisser quelqu’un sur le dos.

Situations spécifiques : enfants, femmes enceintes, personnes âgées

Ces situations arrivent dans toutes les familles. Les particularités ne changent pas la règle :

Population Spécificités Gestes recommandés
Enfants Corps plus petit, tête proportionnellement plus grosse PLS normale, adapter la force pour rouler, toujours placer un linge fin sous la joue si la tête part trop en arrière
Femmes enceintes (2e, 3e trimestre) Risques de compression de bébé si laissée sur le dos Privilégier la PLS sur le côté gauche (mieux pour la circulation sanguine)
Personnes âgées Fragilité, risque d’os/hanche cassée Roule avec une aide si possible, mais toujours mettre en PLS !

Ce qu’il faut retenir : banal mais vital

  • Se protéger, sécuriser le lieu.
  • Vérifier conscience ET respiration : c’est la base de tout secours.
  • Appeler les secours : le 15 ou le 112 partout en Europe, même pour un doute.
  • Mettre en Position Latérale de Sécurité, ça protège jusqu’à leur arrivée.
  • Surveiller : rester proche et vérifier que la respiration continue.

Chaque minute compte, mais surtout, chaque geste compte. On n’a pas besoin de tout savoir, juste de savoir le principal. On n’est jamais “trop lent” ou “pas assez bon”. On fait du mieux qu’on peut avec ce qu’on sait, et c’est déjà énormé.

Personne n’est censé être parfait face à une situation qui inquiète. Mais se former, lire, pratiquer de temps en temps… ça fait la différence.

Si vous avez pris le temps de lire jusqu’ici, retenez une chose : en cas de doute, agissez. Même un geste imparfait peut protéger une vie précieuse.

Pour aller plus loin : la Protection Civile propose des formations et démonstrations dans de nombreuses villes. Et à chaque fois que vous passez devant un stand “gestes qui sauvent”, pensez à vous arrêter, même une minute. Parce qu’on peut tous faire un peu plus pour la sécurité de ceux qu’on aime.

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